
Il y a près de six mois déjà qu’Apple nous dévoilait sa nouvelle version du logiciel de montage Final Cut Pro, qui était le logiciel de montage le plus populaire de l’industrie. Au départ, Final Cut Pro X a reçu un accueil plutôt froid des adeptes du logiciel. On était tous assis dans une salle du Flamingo, éberlués par la vision d’une nouvelle interface de montage. Certains comparses étaient estomaqués, fâchés et sentaient le plancher glisser sous leurs pieds. Se sentant délaissés par Apple, plusieurs ont fait le saut vers d’autres logiciels de montage. Bien sûr, les rabais substantiels d’Avid, d’Adobe et maintenant d’Edius ont aidé à la prise de décision. D’autres comme moi ont pris le temps de donner une chance à cette nouvelle version. Cette nouvelle version que j’avais qualifiée de mariage entre Imovie et GarageBand lors du dévoilement. Alors voici après quatre mois d’apprentissage un compte rendu et mes conclusions sur le logiciel.
L’INTERFACE
L’interface de Final Cut Pro X découle de celle d’Imovie. On a droit à un iMovie sur stéroïdes. Elle est composée de trois fenêtres principales : le chutier, le moniteur et le séquenceur. Le chutier a changé de nom ; dorénavant, il se nomme l’«Event Browser» ou plutôt en Français, l’explorateur d’événement. Ce terme vient directement du logiciel de montage de Sony, Végas Pro. Dans l’explorateur, nous retrouvons tous nos projets dans cette fenêtre. Chaque clip peut être activé en déplaçant la souris par dessus celle-ci. Une fois activée, ce clip apparait dans le moniteur qui balance entre le moniteur de pré visionnement et le canevas. De là, vous pouvez lui appliquer des joints d’entrées et de sorties ; il est possible de passer l’aiguille de lecture sur l’image du clip pour faire vos choix de point d’entrée et de sortie. Il est à noter que vous retrouvez tous vos projets dans la fenêtre de l’explorateur. Entre l’explorateur et le séquenceur, vous y retrouvez plusieurs icônes qui vous donnent accès à plusieurs fonctions qui se dévoilent dans l’interface.

MONITEUR
Du côté du moniteur maintenant. L’écran passe entre le moniteur de pré visionnement et le séquenceur de façon automatique. Les icônes en-dessous du moniteur vous donnent accès à vos transitions, effets et paramètres audio. Travailler avec seulement un moniteur n’est pas une nouveauté en soi. Depuis toujours Végas pro est équipé d’un seul moniteur dans son interface. Ce qui est nouveau, c’est le changement automatique entre le pré visionnement et la séquence. Pour ma part, je n’ai jamais aimé monter sur la suite de Sony. Végas pro est un logiciel formidable, mais j’ai appris à monter en linéaire de machine à machine et chaque magnétoscope avait un moniteur, ce qui nous permettait de voir le plan que nous voulions placer à la suite de celui qui était sur notre bande dans l’enregistreur. Et je sens le besoin de voir ce qui s’en vient et ce que j’avais, question d’éviter les sauts d’image (jump cut) qui, soit dit en passant, sont de plus en plus fréquents au petit écran. Hé ! Que ça m’irrite ! Ceci n’est pas un style… mais une erreur que de faire des sauts d’image. Tout ça pour dire que j’ai besoin de mes deux moniteurs côte à côte pour bien monter.

SÉQUENCEUR
Le séquenceur pour sa part ressemble drôlement à celui de l’ iMovie avec les graphiques de GarageBand. Comme Edius (ou plutôt pour Final Cut Pro X), la première ligne vidéo ou principale ne comporte plus de numéro de ligne et l’audio est collé à cette dernière. Si vous avez besoin de modifier l’audio ou la séparer du vidéo, il faut passer par la fenêtre de contrôle de l’audio. Toute information vidéo supplémentaire se place automatiquement au-dessus de la vidéo principale et il est possible de coller une vidéo à une autre à l’aide d’une ancre. Il est désormais impossible de désynchroniser le son de la vidéo. Avec la fonction magnétique, il est possible de déplacer vos clips vidéo sans peur d’écraser un clip. Final Cut Pro X prend en charge votre séquenceur et déplace vos clips vers le haut pour s’assurer que rien ne soit effacé. Du coup, la notion de ligne vidéo est disparue dans cette version. Vos clips vidéo et audio ne font qu’errer dans l’espace dédié au séquenceur. Vous retrouvez la vidéo principale au premier niveau et les vidéos secondaires se positionnent au-dessus de cette dernière. On retrouve une grande quantité de filtres. Il est possible de voir un aperçu d’effets juste en glissant l’aiguille de lecture sur cette dernière.

CONCLUSION
Final Cut Pro X est un logiciel de montage très puissant, mais possède aussi plusieurs lacunes. Premièrement, la transition ou plutôt la migration d’un projet FCP 7 vers X est compliquée. Vous devez passer par un logiciel externe et le transfert n’est pas garanti. Avec la première mise à niveau, il est possible de créer un fichier XML. Le logiciel a plusieurs ratés du côté de la manipulation des clips. Parfois, on peut activer une fonction en croyant faire autre chose. Cette double manipulation finit par étirer votre temps de montage et devant un client, cela paraît toujours mal. Personnellement, j’ai un peu de difficulté à m’adapter à ces nouvelles versions. Le passage au 64 bits est merveilleux. Les effets en temps réel, la rapidité d’exécution et la représentation graphique sont supérieurs à l’ancienne version.
Mais comment Avid a-t-il pu produire une version de Média Composer à 64 bits sans ébranler la base de connaissance de leurs adeptes? De même pour Adobe qui a été le premier à faire le passage au 64 bits. Pourquoi l’écriture de Final Cut Pro X s’est basée plutôt sur iMovie que sur Final Cut Pro? Apple a pris une décision administrative, en laissant tomber le côté professionnel pour attirer la masse. Ce plan a été établi il y a déjà un bon bout de temps de cela, à commencer avec Shake qui a été incorporé à Final Cut Pro 6. J’avoue qu’incorporer est un gros mot. Disons que quelques fonctions ont été incorporées à Final Cut. Avec cette dernière version de Final Cut Pro, ils ont laissé tomber Color, DVD Studio Pro, Sountrack Pro et Cinema tool. On est passé d’une suite à trois logiciels qui peuvent être achetés indépendamment l’un de l’autre. Le logiciel a beau être un succès commercial, il a perdu beaucoup d’adeptes du côté des professionnels. Et je dois l’avouer moi aussi, ils m’ont perdu comme client. Je viens de passer du côté d’Adobe. Bien sûr, je garde mon Final Cut Pro 7 comme salle de montage, mais un jour elle sera désuète et je serai prêt à passer chez Adobe. Mon choix se faisait entre Avid et Adobe pour une question de finances. Adobe a gagné. Apple a accouché d’un logiciel qui est loin d’être prêt pour la production télévisuelle et encore moins pour la production cinématographique, ce que la version 7 avait réussi.